L'arbre à secrets, suite et fin...
L'arbre à secrets, suite et fin...
L'arbre à secrets, suite et fin...

Suite, et fin de l'histoire écrite lors de l’atelier d’écriture…

Il y a quelques semaines à peine, profitant d’une échappée belle dans la ville de mon enfance, je décidais d’aller jeter mes pas au Jardin des Plantes, me replonger dans cette atmosphère particulière, à nulle autre pareille. Soudain, au détour d’une allée, des souvenirs m’inondent sans prévenir. Je revois cet arbre à palabre – un vieux chêne épanoui et trapu, au port magistral et puissant – témoin de rendez-vous cachés, au temps de mes premières amours. Plus loin, j’aperçois l’arbre aux secrets, toujours planté au même endroit, troué de toutes parts, dont les orifices se sont remplis au fil des années de p’tits mots doux, de mots d’amour.

Depuis combien de temps je n’ai pas poussé la porte de ce jardin tant aimé ? Et voilà que je m’approche au ras de l’écorce de l’arbre aux secrets. Je me souviens d’un mot griffonné vite fait que je destinais à ce garçon du lycée qui tout en m’intriguant, m’impressionnait. Je n’avais jamais osé repasser par cette allée en retrait pour consulter la boîte aux lettres de l’arbre, ignorant si elle avait parlé ou non. Je me penche et je sens mon cœur battre différemment. Je contourne l’arbre à plusieurs reprises, effleure l’écorce et les interstices qui abritent encore des reliefs de messages manuscrits, plus ou moins effacés. Mon regard est attiré par un papier enfoncé et comprimé, formant une boule compacte que je déplie délicatement. Je ne peux m’empêcher de lire, à l’abri des regards, ces quelques lignes épurées : « De Nicolas à Chloé, j’aimerais vivre toute ma vie à tes côtés. Je vais déménager et je ne veux pas te perdre. Tu pourras me trouver à cette adresse… Je t’attendrais ! » La boule froissée était entourée d’une farandole de cœurs délavés. Je relis lentement et à voix haute ces mots qui résonnent. A cet instant, toutes ces années défilent en instantané. Nicolas avait quitté le Lycée brutalement en cours d’année et j’avais perdu sa trace. Si j’avais osé dépasser cette peur de lire sa réponse à mon message, ma vie aurait certainement suivi un cours différent. L’arbre à secrets venait de s’exprimer, pour l’éternité…

Photos soumises au respect du droit d’auteur : Claire Rubat du Mérac, écrivain-photographe

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